Entrevue avec Vania Henry, qui dispose de plus de 25 ans d’expérience internationale dans des postes de direction marketing et communication, a rejoint le CA des SEL récemment !

  • Quel est votre lien personnel avec la musique ?

Depuis toute petite, la musique est associée à mes souvenirs d’enfance – celle des 33 tours que mettait mon papa le dimanche matin sur le pick-up de l’époque pour le petit déjeuner qui prenait ainsi un air de fête, plus tard adolescente celle de CD désormais, pour réveiller en douceur, la marmotte des lendemains de soirée, étudiante, celle des concerts auxquels j’assistais, parfois avec Jérôme Wigny, qui me faisait découvrir des compositeurs que je ne connaissais pas et avec qui je faisais la chasse aux autographes, notamment celle mémorable de Jessye Norman dans les coulisses de La Monnaie ! Et ainsi, j’ai continué à découvrir et à apprécier la musique dans des registres très variés. Plus tard encore, j’ai eu l’occasion de travailler pour une entreprise qui avait une loge à Covent Garden et de pouvoir bénéficier souvent avec d’autres collègues de places inoccupées en dernière minute. Cela m’a aussi permis de prendre conscience que pour certains c’était une découverte totale, qui n’aurait sans doute pas eu lieu si cette opportunité ne s’était pas présentée. Et donc qu’il est primordial de permettre à des publics différents d’entrer en contact avec la musique, avec l’expérience du concert – sans contrainte financière, sans appréhension de se retrouver dans un environnement qui peut être inhabituel, voire intimidant pour certains. Aujourd’hui, j’arrive fréquemment au concert en dernière minute, essoufflée de m’être dépêchée pour arriver à l’heure, parfois me disant que j’ai la tête trop pleine d’autres soucis et préoccupations pour prêter l’attention que méritent les musiciens. Et puis la magie opère, je me coule dans mon siège, souvent je ferme les yeux par moment, je me laisse aller et porter par la musique et bien souvent, outre l’apaisement et le plaisir ressentis, jaillissent des idées créatives, des solutions aux problèmes qui me submergeaient encore quelques instants auparavant. Ainsi, aller au concert et écouter de la musique me permet de faire le vide et puis de trouver une énergie féconde. Sans compter le plaisir de découvrir des oeuvres inconnues ou d’en entendre d’autres que j’identifie avec joie.

  • Vous jouez vous-même d’un instrument de musique ?

Je dois avouer que j’ai fait des essais à la guitare et au piano, avec le soutien de parents qui m’ont toujours encouragée à expérimenter ce qui me tentait, mais je n’ai pas persévéré et l’apprentissage du solfège m’avait découragée à l’époque. Sans aller jusqu’à le regretter, je suis très heureuse aujourd’hui de voir mes enfants jouer du violoncelle et de la guitare avec plaisir et je suis toujours émerveillée de voir combien cela leur permet de s’épanouir.

  • Comment en êtes-vous arrivée à siéger au Conseil d’Administration des Solistes Européens ?

Le Président du Conseil, Jérôme Wigny, qui me connait de longue date, cherchait quelqu’un pour rejoindre le conseil et accompagner la communication des Solistes Européens afin d’atteindre à la fois le public existant et une nouvelle audience. Etant certes amatrice de musique mais pas une mélomane accomplie, j’avais émis quelques réserves, craignant que le manque d’expertise en la matière soit un frein. Finalement je me suis laissée convaincre parce que j’ai compris que mon expérience en matière de communication pourrait venir servir utilement l’orchestre et que d’une certaine façon, mon approche plus dilettante de la musique me permettait de mieux comprendre certains freins et mécanismes du public que nous souhaitions toucher à l’avenir. Et je dois dire que, plus d’un an plus tard, j’ai beaucoup de plaisir et de satisfaction à combiner bénévolement les compétences que j’ai acquises tout au long de ma carrière, à un intérêt personnel.

  • Quelle est la responsabilité des entreprises pour soutenir la musique ou la culture en général ?

C’est la grande question du mécénat et du sponsoring ; personnellement, je suis toujours très reconnaissante envers les entreprises qui choisissent de soutenir la culture en général et la musique en particulier. Ce n’est pas forcément toujours, selon le secteur d’activité, le domaine qui est privilégié. Et pourtant, la culture, c’est ce qui nous nourrit, qui nous permet de grandir et qui nous donne des racines et une cohésion. Les entreprises qui font le choix d’être aux côtés de la culture jouent un rôle social primordial. Elles permettent à des oeuvres d’être jouées, d’être vues, d’être découvertes – et l’apprentissage commence par là. L’ouverture et la tolérance aussi. Les pouvoirs publics ont certes un rôle à jouer, mais ils ne peuvent pas tout faire et les entreprises sont un relais indispensable.

  • Quelle est l’importance des stratégies modernes de communication et de marketing dans le monde de la musique classique ?

La communication évolue sans cesse, les moyens de toucher nos audiences aussi. C’est ce qui rend mon métier fascinant et qui me permet d’apporter bénévolement des compétences utiles aux Solistes Européens. Dans quelque domaine que ce soit, la narration (le “storytelling”) est devenue un élément capital. Il faut raconter une histoire, donner envie, utiliser les canaux de communication actuels. Les Solistes Européens ont une histoire extraordinaire, un capital émotionnel formidable ; quoi de plus émouvant alors que les conflits sont omniprésents dans notre actualité, que cet ensemble de musiciens qui depuis près de 30 ans se rassemble régulièrement depuis les quatre coins de l’Europe pour faire de la musique ensemble et nous enchanter, nous faire oublier le temps d’un concert nos soucis et nos inquiétudes en s’accordant harmonieusement autour de leur chef Christoph König ? Pour l’équipe communication et moi, c’est à la fois un grand challenge et une grande joie de pouvoir innover pour rassembler et fédérer un public fidèle et enthousiaste – et d’attirer de nouveaux aficionados.